samedi 14 septembre 2013

Madame la Ministre, passez-nous le décodeur, svp...

Lettre ouverte à Fadila Laanan, parue le 14 septembre dans l'hebdomadaire Marianne Belgique dans sa rubrique Controverse.
Notre manière de souhaiter une bonne rentrée parlementaire à la Ministre de l'Audiovisuel... et de l'Egalité des chances.



 















Madame la Ministre,

Peu avant les vacances, on s'en souvient, le projet d'émission « Je veux ce joooooob » (RTBF/Actiris/Ebuco) avait déclenché une avalanche de critiques, au point d'être très vite retiré, ou plutôt, suspendu. A l'approche de la rentrée parlementaire, au nom de RTBF89, collectif de citoyens attentifs et attachés au service public, nous souhaitons revenir sur cette affaire.

Tout d'abord parce qu'officiellement, le projet n'est pas abandonné. En télévision comme ailleurs, nombreux sont les exemples de projets, contestés et suspendus un jour, qui réapparaissent, quelques semaines/mois/années plus tard, sous une autre apparence, dans un autre emballage, mais sur le fond, quasiment identiques. Nous préférons donc rester vigilants.

Ensuite, parce que dans ce dossier, des questions sont restées sans réponses. La première porte sur le concept de l'émission, présentée comme un divertissement sur fond de recherche d'emploi. Compatible ou incompatible avec les missions de service public ?

Au plus fort de la polémique, on vous a peu entendue, sinon par la voix de votre porte-parole : « On a vu les critiques hier, mais il n'y a pas d'ingérence de la part de la ministre dans les programmes de la RTBF. Ils ont une liberté totale ». Certes, en tant que Ministre en charge des matières audio-visuelles, votre rôle n'est pas d'intervenir sur le contenu des programmes. Néanmoins, les balises que constitue, tant bien que mal, le contrat de gestion, doivent inciter à s'interroger sur les limites de ce qui peut être livré ou non dans l'arène du petit écran, et avec quelles conséquences. Et à prendre position, à l'occasion, quand ces limites menacent d'être franchies.

« Les internautes ont mal saisi les valeurs que le service public a voulu mettre en avant : des valeurs de respect de la personne », disait le porte-parole de la RTBF. Outre que nous ignorons toujours – faute de nous l'avoir expliqué clairement – ce que nous aurions mal saisi et ce que nous étions supposés comprendre, on ne peut que s'interroger sur les valeurs de « respect de la personne » que cette émission avait à nous transmettre. Ce n'était pas un jeu, nous dit-on et le principe ne reposait pas sur des éliminations de candidats. Fort bien. Mais on reste cependant perplexe sur le choix d'une émission de « divertissement » sur un sujet de société touchant – et avec quelle violence – plusieurs centaines de milliers de personnes.

On s'interroge aussi sur le peu de place accordée généralement aux chômeurs dans le paysage audio-visuel (*), généralement réduits à de simples statistiques au JT, entre une naissance princière et un résultat sportif, et cette spectacularisation soudaine de quelques uns d'entre eux dont la recherche d'emploi, magnifiée par les conseils d'un coach (et son carnet d'adresses) serait enfin couronnée de succès.

Quel est donc le message qu'on cherche à nous faire passer ? Que les chômeurs qui le veulent vraiment s'en sortent, tandis que les cohortes d'inutiles qui encombrent les allées des bureaux de chômage sont, soit des paresseux, soit des incapables ? Les réponses au problème collectif et endémique du chômage seraient donc individuelles et proportionnelles à la motivation du chômeur ? Voilà un message subliminal qui laisse songeur et ne paraît pas avoir sa place sur une chaîne de service public.

Mais peut-être n'est-ce pas votre interprétation. Sans doute trouvez-vous que nous voyons le mal partout et qu'en effet, pour reprendre les termes du porte-parole de la RTBF, « le service public ne doit pas s'interdire ce genre d'émissions », un « grand divertissement familial dont les valeurs semblent a priori saines » pour reprendre les vôtres, au sujet de The Voice...

Dans ce cas, et si cette émission mérite, selon vous, de figurer au programme d'une télévision de service public, une autre question nous vient à l'esprit. Elle rejoint l'interpellation que nous faisions, début juillet, à Céline Frémault, Ministre de l'Emploi de la Région bruxelloise. Nous l'interrogions sur le tri apparemment effectué par Actiris dans l'envoi d'un mail à certains chômeurs.

Lesquels, et sur la base de quels critères ? Mystère. Si la Ministre nous a rassurés sur notre principal motif d'inquiétude – le transfert de données personnelles à la société EBUCO – nous n'en savons pas plus sur ces fameux critères.Il nous aurait paru opportun qu'en tant que Ministre de la Culture, de l'Audio-visuel, de la Santé... et de l'Egalité des chances, vous vous en soyez inquiétée. 

Et surtout, comment la Ministre de l'Egalité des Chances de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne s'est-elle pas interrogée sur le fait que seul Actiris, exclusivement centré sur la Région bruxelloise, ait été associé à ce projet ? Si ce programme était recevable à vos yeux et compatible avec les missions de service public, pourquoi le Forem en a-t-il été tenu à l'écart ? Si c'était une si belle opportunité, il aurait fallu veiller à ce qu'elle soit donnée à tous.

Pour le coup, c'est raté. 

Enfin, pour la petite histoire, certains échos nous étant parvenus des trois partenaires associés à ce projet, la RTBF, Actiris et Ebuco, il semble que chacun se renvoie la balle dans l'échec (le flop) de ce projet. Si nous étions cyniques, nous leur proposerions de participer à une émission de divertissement où le public serait amené à voter pour le candidat le plus séduisant dans ses explications.
Une émission qu'on appellerait « Combat de riches » ...

Mais comme nous ne sommes pas cyniques, nous nous bornerons à vous présenter, Madame la Ministre, l'expression de nos sentiments les meilleurs. 

Pour RTBF89
Catherine Godart, Isabelle Marchal, Eric Pecher, Philippe Walraff 

(*) Selon le Baromètre 2011 du CSA, le temps d'antenne accordé aux chômeurs et oux couches les plus basses de la société représente moins de 10% et l'image renvoyée est peu valorisante. En revanche, le temps d'antenne consacré aux classes supérieures est de 46%. A en croire la RTBF, la société belge est donc majoritairement aisée. Autant le savoir...

mercredi 10 juillet 2013

Je veux ce joooooob ! Lettre ouverte à Céline Frémault et réponses

L E T T R E  O U V E R T E  R E C O M M A N D É E

adressée à Céline Frémault,
Ministre de l’Economie et de l’Emploi de la Région Bruxelles Capitale, Belgique

Copie envoyée aux autres membres du gouvernement et aux députés du Parlement  


Concerne: 

« Je veux ce joooooob ! », projet d'émission de divertissement de la RTBF en collaboration avec Actiris






Article actualisé le 15/07/2013 (courrier de la Ministre Céline Frémault et notre réponse, publiés ci-dessous)



Madame la Ministre,

La semaine dernière, le projet d'émission de la RTBF, "Je veux ce joooooob!" faisait grand bruit sur les réseaux sociaux, au point que 24 heures à peine après le début de la polémique, la RTBF annonçait, sur la page de l'appel à candidature de son site, la suspension momentanée de l'émission en question (1).

Pour ce projet, la RTBF s'est associée à EBUCO (2), société de production privée, ainsi qu'à Actiris, l'Office Régional Bruxellois de l'Emploi.

Passons rapidement sur les critiques, nombreuses et outrées, auxquelles le principe de l'émission a donné lieu puisqu'elles ne relèvent pas de votre compétence.

Nous nous intéressons en priorité au rôle joué par Actiris dans l'appel à candidature.

Dans un premier temps, nous avons pris connaissance d'un mail intitulé «Casting : Je veux ce joooooob!», envoyé à "un certain nombre" de demandeurs d'emploi bruxellois.

Premier étonnement et motif de mécontentement, donc, puisque ce mail ne constitue ni une offre d'emploi, ni une proposition de formation ou de stage.

L'utilisation de données personnelles, par Actiris, pour promouvoir une émission de télévision (de "Divertissement") paraît clairement sortir du cadre des missions de cet organisme public, et enfreindre la loi sur la protection de la vie privée.

Un article paru dans la Dernière Heure nous apprenait également comment il avait été procédé à ce "casting" :
« Actiris a donc joué les casteurs en mettant gracieusement ses fichiers à disposition de la boîte de production Ebuco. C’était l’une des options pour trouver des candidats pouvant être intéressés par l’expérience. Tous les demandeurs d’emploi n’ont pas été sollicités. Nos services internes ont établi une sélection sur la base de différents critères", explique Vincent Dewez, directeur de la communication chez Actiris.

Sur la base de cet article, nous tirons les conclusions suivantes :

1) Un organisme de service public a confié des données personnelles à une société privée.
2) Ces données ont été sélectionnées sur la base de critères non précisés, non objectivables, non vérifiables, connus uniquement d'Actiris et, on peut raisonnablement le supposer, des deux autres concepteurs de l'émission «Je veux ce joooooob!»: la RTBF et EBUCO S.A.

Ces deux points sont en opposition totale avec les rôles, missions et valeurs du service public!

A ce titre, plusieurs demandeurs d'emploi, «heureux élus de la pré-sélection au casting» ont fait la démarche de porter plainte, qui à Actiris, qui à la Commission de la Protection de la vie privée, qui aux deux. On devine qu'ils sont nombreux, ceux qui n'ont pas osé faire cette démarche par crainte de s'attirer d'éventuelles représailles...

Nous relayons ici l'indignation suscitée par l'émission, on l'a dit, mais aussi par la façon dont Actiris, associé à la RTBF et à la société EBUCO SA, aurait géré ce dossier.

Nous insistons pour que toute la lumière soit faite sur les questions laissées en suspens dans ce dossier, dont la principale : tout cela est-il légal ?

Notre propos n'est pas de «réclamer des têtes», ni celles de lampistes, ni même celles de tel ou tel responsable... Ce que nous réclamons face à de telles dérives, c'est que le citoyen puisse bénéficier de services publics «au service du public»!

Nous sommes nombreux à vivre, impuissants, tous ces petits renoncements quotidiens, tous ces estompements de la norme qui repoussent chaque jour un peu plus loin les limites de ce qui est admissible, acceptable, possible... jusqu'à devenir normal, habituel, banal.

Jusqu'au jour où, en guise de service public, on se retrouve avec une coquille vide toute dévouée au service de sociétés privées, soumises aux seules règles de l'audimat, des annonceurs publicitaires ou des dernières tendances, prêtes à se vendre au plus offrant, lui laissant les clés de la maison et le mot de passe de la base de données.

Comment en est-on arrivés là ? Telle est notre principale interrogation. Faire en sorte que les pouvoirs publics se ressaisissent, voilà ce que nous attendons de ceux qui nous représentent...

Cette question nous paraît bien plus fondamentale, en termes de Démocratie, qu'une émission de divertissement conçue par une société privée avec de "vrais chômeurs" à qui on promet de vivre "une expérience hors du commun où ils auront la chance d'être entouré de coaches, prêts à tout pour bouleverser leur destin!"

De la même façon, il nous paraît bien plus fondamental, en termes de lutte contre le chômage, de se pencher sur les causes, plutôt que de transformer ses effets en spectacle télévisuel.

Avec, en Belgique, 450.000 demandeurs d'emplois complets indemnisés pour à peine vingt à trente mille offres d'emploi, il y a mieux à faire que de rappeler aux chômeurs qu' «envoyer un CV est souvent loin d'être suffisant pour se faire engager» : ils sont au courant!

Etonnant que la RTBF et EBUCO SA, et surtout Actiris, aient l'air de le découvrir et de considérer que l'origine du problème soit dans le chef de ces centaines de milliers de personnes qui ne sauraient pas s'y prendre pour trouver "le job de leurs rêves"!.

Consternant d'imaginer qu'on puisse vouloir faire passer comme message qu'avec l'intervention miracle d'un coach au sourire bifluoré, toutes ces peccadilles vont bien vite s'arranger...

C'est infamant et méprisant pour ces travailleurs sans emploi en situation précaire!

Nous espérons qu'il sera répondu aux questions relatives à la légalité de la démarche d'Actiris et, tout en étant conscients que les enjeux de l'organisation du travail dans notre société sont énormes et dépendent de nombreux facteurs, qu'il soit au moins épargné à ceux qui en sont les victimes de devenir les sujets d'un spectacle de divertissement malsain.

Veuillez recevoir, Madame la Ministre, l'expression de nos sentiments les plus cordiaux,

Pour RTBF89 : Catherine Godart, Isabelle Marchal, Eric Pecher, Philippe Walraff 

Les personnes/associations suivantes ont souhaité se joindre à notre initiative. La liste des co-signataires reste ouverte tant que les questions posées dans cette lettre n'auront pas obtenu de réponse convaincante. Le blog sera mis à jour avec les noms de toutes celles et ceux qui nous en font la demande en envoyant un mail à blogrtbf89@gmail.com

Co-signataires :
Patrick Louis, Florence de Crawhez, Patrick Dezille, Michèle Gilkinet, Nadine Van Walleghem, Thierry Baudaux, Claude Lemmens, Karen Prevot, Marie Camoin,
Léon Detroux, Pascale Jehin, Patricia Muller, Guéric Bosmans, Stéphane Ledune, Citoyen(ne)s.
Eric Lauwers, Directeur de SMartBe

L'Action des Travailleurs sans Emploi de la CSC Bruxelles
Les sections locales de la CSC d'Uccle-Forest-Saint-Gilles, Bruxelles-Saint-Josse, de Laeken-Neder Over Heembeek et de Schaerbeek-Evere–Haeren.
Riposte-CTE 
MPOC (Mouvement politique des objecteurs de croissance)


PS : Parallèlement à ce courrier, nous interpellons également la Ministre Fadila Laanan, tant sur sur l'indécence du projet que sur le rôle qu'aurait joué la RTBF dans la décision d'envoyer le mail « Casting » à des demandeurs d'emploi inscrits dans la base de données d'Actiris.
Par ailleurs, nous ne manquerons pas de relayer sur les réseaux sociaux toutes suites données à cette affaire...

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Réponse de Céline Frémault à notre lettre ouverte



Notre réponse du 15/07/2013 à ce courrier


Madame,

Nous vous remercions de votre courrier du 12 juillet 2013 qui répond partiellement aux points soulevés dans notre lettre ouverte.

Le plus sensible de ces points paraît fort heureusement écarté puisque Actiris affirme n'avoir procédé à aucun transfert de données à un tiers, ce que nous a d'ailleurs confirmé de vive voix la journaliste qui signe l'article sur lequel se fondait notre inquiétude.
La phrase « Actiris a donc joué les casteurs en mettant gracieusement ses fichiers à disposition de la boîte de production Ebuco » pouvait prêter à confusion : ce point est donc éclairci.

Vous nous assurez, par ailleurs, qu'il n'y a pas eu de casting préalable, direct ou indirect, du producteur de l'émission (Ebuco). C'est donc bien Actiris qui avait procédé à ce casting, comme nous l'avions compris(*), mais notre question portait sur les critères de sélection de ce casting « non précisés, non objectivables, non vérifiables. »
Quels critères ? La question reste posée.

Nous prenons acte de la décision d'Actiris de se retirer d'un projet auquel, d'après les termes de votre lettre, il n'était associé "que par une convention de collaboration qui prévoyait un certain nombre de garanties"...
Soit ces garanties n'ont pas été respectées, soit le tollé provoqué par l'émission aura dissuadé Actiris de se voir associé à un projet dont le caractère indécent lui avait échappé jusque là, sans doute à cause de « tous ces petits renoncements quotidiens, tous ces estompements de la norme qui repoussent chaque jour un peu plus loin les limites de ce qui est admissible, acceptable, possible... jusqu'à devenir normal, habituel, banal. »

Si tel est le motif du retrait d'Actiris, il y aura tout lieu de se féliciter de la réaction de nombreux citoyens - à commencer par des chômeurs - dès l'annonce de cette « (mauvaise) émission de téléréalité », pour paraphraser le titre d'un article paru dans la presse française.

Nous restons à l'écoute très attentive de ce dossier : il est fort probable que la RTBF s'obstinera dans son projet, qu'elle nous présentera dans un nouvel emballage, convaincue qu'il s'agit d'un simple « problème de communication » et que « les internautes ont mal saisi les valeurs que le service public a voulu mettre en avant : des valeurs de « respect de la personne ».

Même si Actiris s'est retiré de cette émission qui, à en croire le porte-parole de la RTBF, ressemble à une magnifique aventure humaine, ce sera l'occasion de rappeler, le cas échéant, que nous ne savons toujours rien des fameux critères de sélection qui ont servi au casting. A moins bien sûr que d'ici là, nous n'ayons reçu un complément d'information.

Veuillez recevoir, Madame la Ministre, l'expression de nos sentiments les plus cordiaux.

RTBF89
Catherine Godart, Isabelle Marchal, Eric Pecher, Philippe Walraff

PS : Certains chômeurs avaient déjà posé toutes les questions reprises dans notre lettre ouverte dès le 4 juillet, en envoyant un mail au service Plaintes d'Actiris. A ce jour, personne n'a encore reçu de réponse, pas même un accusé de réception...

 (*) Tous les demandeurs d’emploi n’ont pas été sollicités. Nos services internes ont établi une sélection sur la base de différents critères", explique Vincent Dewez, directeur de la communication chez Actiris.

 

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Article lié : Je veux ce joooooob... Combat de pauvres !

Le Figaro : Polémique autour d'une émission belge
La Libre Belgique : Je veux ce joooooob ! Tout cela est-il légal, Madame la Ministre ?
Le Soir : « Je veux ce joooooob » : tout cela est-il légal ?
Le chat du Soir (vendredi 12 juillet)

(1) Pour les détails de l'affaire, se reporter à l'article paru sur le site français d' "Arrêt sur Images"
(2) EBUCO N° d'entreprise 0863.301.087

La lettre ouverte a été reprise sur le site de La Libre Belgique, dans sa rubrique Débats-Opinions, ainsi que sur le site du Soir, sous forme de Carte blanche.
Toujours sur le site du Soir, elle fera l'objet du chat de demain, entre 12 et 13 heures.

mardi 2 juillet 2013

Je veux ce joooooob... Combat de pauvres !

PROJET SUSPENDU...(02/07/2013 - 18h30)

SUSPENDU MOMENTANÉMENT : MÉFIANCE donc !!!
Gare au retour sournois de ce projet indécent... Nous serons vigilants !

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CASTING : JE VEUX CE JOOOOOOB !


S'il s'agissait d'un gag, il n'aurait rien de drôle. Mais voilà, cet appel à candidatures pour une prochaine émission de télévision du service public n'est pas un gag et là, on s'étrangle! 

C'est que la RTBF, grisée par le succès de l'émission The Voice (succès en termes de parts de marché, étalon-or des médias), se sent pousser les ailes de la télé-réalité jusqu'à les brûler, à tant vouloir s'approcher des sunlights...

Classé dans la rubrique "Divertissement", sous des photos de Roberto Bellarosa, de Boys Band ou des indécrottables Frères Taloche, l'appel à candidatures nous éclaire sur le concept du nouveau "produit" : « Employer les moyens les plus étonnants pour intéresser un chef d'entreprise » (...)  « séduire et convaincre un futur employeur ». Bien entendu, l'annonce ne dit rien des conditions recherchées pour faire partie du casting, sinon que la motivation sera primordiale.
On achève bien les chevaux, version moderne ! La misère mise en spectacle, réduite à un divertissement, histoire de bien se détendre entre amis ou mieux, en famille. Un « grand divertissement familial dont les valeurs semblent a priori saines », avait dit Fadila Laanan à propos de The Voice, balayant les critiques d'un revers de la main...

Nausée ! 

A quand une émission « Je suis chômeur, je coûte cher à la société, aidez-moi à réussir mon suicide » ? Ce serait à peine pire...

Sur la page de l'appel, les réactions indignées pleuvent ! Et la RTBF TV d'intervenir, submergée par le flot de commentaires, pour tenter de sauver ce qui lui reste encore de crédibilité : « A travers différentes expériences, « Je veux ce jooob » souhaite montrer comment on peut optimaliser aujourd’hui la recherche d’emploi, celle-ci ne pouvant plus se résumer à l’envoi et à la lecture d’un CV. » 

Révélation ! 

Et la recherche des causes du chômage ? Vont-elles seulement être évoquées, dans l'émission ? Se résumera-t-on à marteler que si les chômeurs ne trouvent pas de travail, c'est parce qu'ils ne savent pas y faire ? Ou bien va-t-on consentir à faire ce simple calcul (niveau école primaire) qu'avec 450.000 chômeurs complets indemnisés (plus tous les autres, non repris dans les statistiques officielles du chômage, plus tous ceux qui en sont exclus), et à peine vingt à trente mille offres d'emploi, cela fait un minimum de 420.000 chômeurs qui, même en « optimalisant » leur recherche et en « employant les moyens les plus étonnants pour intéresser un chef d'entreprise » ne trouveront de toutes façons pas de travail?

Mais ces chiffres-là n'intéressent sans doute pas les concepteurs de l'émission : pas assez vendeur, pas assez de paillettes, pas assez de rêve...  Les seuls chiffres qu'ils aiment, c'est ceux de l'audimat et des montants versés par les annonceurs pour les coupures publicitaires de "Je veux ce joooooob!" qu'on devine déjà nombreuses, intempestives, intrusives, insupportables...

On est bien loin (une fois de plus) des missions de service public de la RTBF et la fronde qui s'est d'ores et déjà manifestée sur les réseaux sociaux n'est sans doute que le début d'autres actions, pétitions, plaintes à venir. Voyons si la morgue qui caractérise habituellement les responsables de la grande maison, enfermés dans leur perpétuelle tour d'ivoire d'auto-satisfaction, suffira cette fois à passer outre la vague de colère et d'écoeurement de ceux qui, à 70% financent son existence, mais chuuut, ce type d'argument, c'est du populisme !

Que dire enfin du rôle joué par Actiris dans cette affaire ? Les habitants de Bruxelles, inscrits comme demandeurs d'emploi, ont donc été des (dizaines de) milliers à recevoir un mail intitulé "Casting : Appel à candidatures" pour une émission de la RTBF, les enjoignant à se mettre en contact avec une société privée, s'il correspondaient à ce profil : « hommes et femmes, de tout âge, dans tous les secteurs d'activités ». Voilà qui est précis ! Ah oui, bien sûr : ce qui est primordial, c'est la motivation et l'ambition... Donc, si vous ne répondez pas à ce mail, c'est  l'aveu implicite que vous n'êtes ni motivé, ni ambitieux, à moins bien sûr que nous ne soyez ni un homme ni une femme, ni à la recherche d'un travail dans tous les secteurs d'activité. CQFD. 

Revenons au courriel d'Actiris. 
S'agit-il d'une offre d'emploi ? Non. Pas à proprement parler.
D'une proposition de formation, de stage ? Non plus...
Ce mail, la cause paraît entendue, s'apparente donc davantage à un courrier promotionnel, pour ne pas dire un spam. 
Et en destinataires de ce courrier ? La base de données complète des demandeurs d'emploi bruxellois, utilisée (détournée?) par Actiris (service public) pour la promotion d'une émission de la RTBF (service public)... Franchement, tout cela est-il bien sérieux ?  

Et puis surtout, tout cela est-il bien légal ? (*)

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(*) IMPORTANT !!!

Cette question RESTE à l'ordre du jour, malgré la suspension momentanée du projet d'émission de la RTBF. 
Un article de la Dernière Heure nous en dit d'ailleurs un peu plus, c'est édifiant !

 « Actiris a donc joué les casteurs en mettant gracieusement ses fichiers à disposition de la boîte de production Ebuco. "C’était l’une des options pour trouver des candidats pouvant être intéressés par l’expérience. Tous les demandeurs d’emploi n’ont pas été sollicités. Nos services internes ont établi une sélection sur la base de différents critères", explique Vincent Dewez, directeur de la communication chez Actiris. »  
En d'autres termes, un service public a mis des fichiers contenant des informations personnelles de milliers de demandeurs d'emploi à la disposition d'une société privée. C'est encore pire que ce qu'on ne pensait !

Si vous êtes chômeurs et que vous avez reçu le mail d'Actiris, écrire et porter plainte à la Commission de protection de la vie privée.
commission@privacycommission.be

Si vous souhaitez obtenir, de la part de RTBF89, une lettre type, des  liens vers de articles de presse pour étayer votre plainte, des informations complémentaires, vous pouvez nous envoyer un mail à cette adresse : blogrtbf89@gmail.com


Adresses utiles :
Porter plainte à la RTBF : mediationrtbf@rtbf.be
Porter plainte auprès du CSA : http://www.csa.be/messages/new?type=complaint
Porter plainte auprès d'Actiris : Plaintesklachten@actiris.be
Pour les chômeurs ayant fait l'objet de ce courrier : Commission de protection de la vie privée (utilisation détournée de son fichier de données personnelles) : commission@privacycommission.be

En cas de pétition, d'action ou d'interpellation à venir, toutes les informations seront publiées en temps utiles ici même ainsi que sur notre page Facebook

A lire aussi :
Arrêt sur Images (France, 02/07/2013) : Belgique : Chômage / téléréalité : émission "suspendue" à la RTBF 
Actiris se lance dans la télé réalité, par Philippe Jadin
Actiris + RTBF = Je veux ce joooooob! sur le site de l'asbl SMartBe
"Je veux ce joooooob!", provisoirement suspendu La Libre Belgique (02/07/2013)

lundi 31 décembre 2012

Tous nos voeux à la RTBF !

Elle en a bien besoin, la pauvre !!!

 
Et vous ? Quelle radio/télévision souhaitez-vous pour 2013 ?

samedi 29 décembre 2012

Vous avez dit populiste ? Comme c'est populiste...


Par un de ces curieux hasards de la vie qui font se télescoper des informations a priori sans rapport les unes avec les autres, le discours de Noël de notre Souverain et la polémique qu'il a suscitée nous amènent, par un chemin plus court qu'il n'y paraît a priori, au tout nouveau Contrat de gestion de la RTBF, adopté vendredi dernier, en fin de soirée, par son Conseil d'Administration.

En page 3 d'un document qui en compte septante-huit, quelque part au milieu d'une fastidieuse énumération de « Etant préalablement entendu ce qui suit », on trouve la phrase suivante :  
« La RTBF refuse toute forme de populisme dans ses programmes, veille à en expliquer les simplismes et les dangers et donne aux citoyens les clés et les outils pour lutter contre celui-ci. » 

Si l'on comprend l'intention - louable - qui sous-tend la démarche, sa formulation n'en soulève pas moins certaines questions dont la principale, évidente, indispensable au débat : Qu'entend-on, au juste, par "populisme" ? Le Contrat de gestion reste muet à ce sujet. Il faut donc nous en référer à notre intuition, à notre analyse, à notre expérience.
Celle des récentes campagnes électorales, présidentielles en France et communales en Belgique, nous ont donné le spectacle de certains candidats, parfois aussi opposés sur la forme que sur le fond, n'ayant pourtant que ce terme à la bouche, dans le but, à peine dissimulé, de river son clou à l'adversaire ou tout au moins, de le discréditer : Populiste ! disait l'un. Vous même ! rétorquait l'autre.
On avance, et le débat démocratique, encore plus !

Et voilà que ce vendredi matin, c'est la RTBF elle-même qui, revenant sur la polémique soulevée par le royal discours, posait enfin la question tant attendue : « C'est quoi, le populisme ? » donnant, pour y répondre, la parole au sociologue Richard Lorent, auteur de "L’antipolitique – Les mots piégés de la politique" :
« Ce spécialiste, préfère plutôt éviter l'utilisation du terme "populiste". Ce qualificatif étant selon lui, essentiellement fourre-tout et disqualificateur pour l’adversaire. »

Ouf ! Nous ne sommes pas les seuls, trouvant ce mot trop souvent galvaudé, à le prendre avec des réserves, globalement pour cette même raison qu'il veut dire tout et son contraire et qu'il deviendrait donc facile d'évincer un interlocuteur, de contester un reportage, d'écourter un débat en invoquant ce motif.

Du reste, si l'on excepte le fait qu'à la tête des mouvements populistes, on trouve souvent un leader charismatique "qui veut devenir calife à la place du calife", il faut bien admettre que, dans un monde où les inégalités se creusent chaque jour un peu plus et où les richesses sont concentrées dans les mains d'une minorité, nous pourrions être nombreux à nous reconnaître dans cette définition succincte : « Le populisme met en accusation les élites ou des petits groupes d'intérêt particulier de la société. Parce qu'ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts propres et trahiraient les intérêts de la plus grande partie de la population.» 
Heureusement, il y a d'autres critères pour faire un tri plus subtil et ne pas précipiter dans ce panier tous ceux qui souhaitent, tout simplement, un monde où les richesses seraient réparties de manière plus équitable...

Mais au-delà de l'aspect terminologique de ce passage du Contrat de gestion, il y a cette autre interrogation : si la RTBF éprouve le besoin de mentionner explicitement qu'elle refuse le populisme, pourquoi ne le fait-elle pas d'autres dérives, tels que la démagogie, le poujadisme ou les extrémismes ?
Veiller à expliquer les simplismes et les dangers qui menacent la démocratie et donner aux citoyens les clés et les outils pour lutter contre ceux-ci, ou plus généralement, donner aux citoyens les clés et les outils pour appréhender le monde dans lequel il vit afin, notamment, qu'ils ne succombent pas à des courants de pensée séduisants mais dangereux... n'est-ce pas là l'essence même du service public ?

Nous avons pas encore eu le temps d'analyser l'ensemble du Contrat de gestion : eh oui, nous avons une vie en dehors de notre intérêt pour les médias... Mais de deux choses l'une, soit il a été vidé de sa substance au point qu'il soit devenu impératif de préciser ce qui découle normalement et naturellement des missions du service public, soit le Contrat de gestion est clair et dans ce cas, cette phrase n'a aucune raison d'y figurer, sorte de pièce rapportée, pour ne par dire cheveu dans la soupe, qu'on a souhaité placer là, à tout prix...

Pour quelles raisons ? La réponse nous échappe, mais notre conclusion sera mot pour mot, et c'est amusant, la même que dans l'article de la RTBF sur le discours du Roi :
« Seuls ses auteurs le savent. »
Qui sait, si ça se trouve, ils se connaissent...

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Pour aller plus loin dans la réflexion sur le(s) populisme(s) :
L'émission Samedi + (Martine Cornil) du 15/12/2012 - Silvio Berlusconi, le retour


dimanche 23 décembre 2012

Combat de riches...



C’est la question qui semblait tarauder son administrateur général Jean-Paul Philippot, dans un article paru le 7 novembre dernier dans Le Soir, annonçant dans la foulée que la vente des bâtiments Reyers était envisagée comme piste de financement alternatif:
« Les responsables de la RTBF et de la Fédération Wallonie-Bruxelles examinent la piste du « sale and leaseback », cette technique financière qui consiste pour une société à vendre ses actifs à une entreprise spécialisée qui va ensuite lui louer ceux-ci pour une durée déterminée. L’avantage? Un gain en capital immédiat.» 

« Ce que je ne veux pas pour la RTBF, c’est un plan social », insistait à son tour la ministre de tutelle, Fadila Laanan, vendredi soir, après l'adoption par le conseil d'administration du nouveau contrat de gestion 2013-2017. Et d'ajouter que la vente du patrimoine devrait, par ailleurs, amener "un peu de souffle" à l'entreprise...

Admirable convergence des points de vue !


Dans une interview devant le sapin de Noël , la Ministre le rappelait : « Nous sommes dans une situation sociale qui est difficile, mais les solutions envisagées permettront à la RTBF  d’être dans un contrat de gestion ambitieux mais réaliste ... et qui permettra même de rêver à des projets nouveaux » (si si).

Pas de licenciements secs...

On ne licencie pas, on se contente "juste" de ne pas remplacer le départ à la retraite d'un sexagénaire sur trois, soit une cinquantaine de personnes. Certes, mais on peut tourner la chose comme on veut, diminuer sans remplacer revient, au bout du compte, à augmenter la charge de travail de ceux qui restent...
Est-ce cela, « éviter un plan social » ?

Et qu'en est-il des pigistes, dont rien, absolument rien ne garantit l'avenir au sein de l'entreprise ? A quelle sauce seront-ils mangés ?

Ce lundi 17 décembre, nous avons publié ici même, une lettre anonyme de l'un d'entre eux. En quelques jours, cette lettre a été lue par plus de cinq mille internautes et a suscité de nombreux commentaires. Bien sûr, on pourra toujours arguer du fait que ces témoignages, puisqu'ils sont anonymes, ne prouvent pas grand chose, pour ne pas dire rien, et qu'ils émanent sans doute de gens mal dans leur peau, de passéistes ou de revanchards qui ont de vieux comptes à régler avec la Grande Maison où ils n'ont pas su trouver leur place... Argumentation classique pour balayer d'un revers de la main toutes les critiques, d'évacuer tous les sujets qui fâchent.
En tant qu'auditeurs et téléspectateurs attentifs et attachés à la notion de service public et donc, amenés à faire part de nos critiques, nous avons pu "apprécier" par nous-mêmes ces visions caricaturales et réductrices qui faisaient de nous des "cybernostalgiques" aigris, des éternels râleurs incapables de vivre avec notre temps. On s'y fait, à ces sobriquets et à cette morgue qui coupe court à tout dialogue, ou bien on passe à autre chose, de guerre lasse... Mais de l'intérieur, comment vit-on cela ?

Anonyme, critiquable, subjective... Peut-être, mais cette "bouteille à la mer" et les commentaires qu'elle a suscités, renforcent le sentiment que l'on a, de l'extérieur, sur les choix de programmation et sur cette lente descente vers le formatage des émissions, entamée depuis longtemps déjà mais qui est, depuis quelques années, passée dans une phase d'accélération spectaculaire autant qu'inquiétante !

Aux constats affligeants et affligés sur les préférences, tantôt farouchement niées, tantôt décomplexées, pour « l'infotainment » et la télévision (surtout la télévision) « de divertissement passif », s'ajoutent bien des questions sur la gestion même de l'entreprise publique autonome à caractère culturel qu'est la RTBF (sans oublier ses filiales : RMB, Casa Kafka, DreamWall, Keywall, Sonuma, Feri et Frey).



La gestion des ressources humaines, notamment, a de quoi laisser pantois... La souffrance est palpable, entre besoin de parler et peur de le faire autrement que sous couvert de l'anonymat. Peu crédible ? La vitesse à laquelle l'article s'est propagé, via les réseaux sociaux, tendrait à prouver plutôt que cette lettre "parle vrai" et que ce qu'on y décrit ne peut plus être tu. Les statuts de pigistes se multiplient, deviennent la règle, permettent de pouvoir compter sur un personnel docile qui jamais ne cherchera à sortir du cadre qu'on lui a déterminé. D'autres sont ballotés d'un rôle à un autre, d'un tiroir à un autre tiroir, placardisés, réduits à exécuter des programmes clé sur porte conçus par des sociétés privées...

Dans le même temps, nous dit un autre de ces anonymes, « vous subissez les effets de la gestion de l'armée pléthorique des dirigeants mise en place par Jean-Paul Philippot. Ils donnent l'impression de fonctionner comme s'ils étaient chez Belgacom, Axa ou Procter & Gamble, au point que de nouvelles dispositions vous semblent complètement déconnectées du quotidien de la petite minorité de personnes qui produisent toujours des programmes. Beaucoup de ces directeurs qui vivent en vase clos pratiquent le mépris, qu'on doit sans doute enseigner dans les hautes écoles de gestion. On dirait qu'ils gèrent plus leur prochain rebondissement vers une autre société que leur domaine actuel. »

A la lueur de ce qui se profile à l'horizon, tout cela fait sens, bien évidemment ! Et il y a de quoi s'inquiéter grandement de l'avenir de la RTBF, lorsqu'on entend parler de « trouver de l'argent frais » ou de « réaliser des actifs » ... En y allant de la vente de ses bâtiments en « sale and leaseback », le risque est grand que la RTBF n'ouvre la voie à un démantèlement programmé, comme ceux qu'on a déjà connus par le passé pour des entreprises publiques devenues, méthodiquement et par étapes successives, des sociétés privées.
«La vente du patrimoine, par ailleurs, devra amener un peu de souffle à l'entreprise », nous dit Fadila Laanan. C'est un oxymore ?
Quand bien même cela apporterait un peu de souffle (= liquidités), c'est évidemment la façon dont ce "capital" sera utilisé qui importe, dans quoi il sera investi...Si c'est pour améliorer le sort des travailleurs, auquel semblent tellement tenir Jean-Paul Philippot et Fadila Laanan, très bien... Mais compte tenu des témoignages qui continuent de nous arriver, cette perspective paraît peu probable.

« Le groupe audiovisuel public va recevoir 1,5 million d’euros » nous dit-on ici. Le « groupe », c'est très différent de « la RTBF »... et il y a, dès lors, toutes les chances pour que ce million et demi d'euros échoue dans la poche de cadres de la RTBF... sinon de l'une de ses filiales.

Mais on les entend hurler d'ici au procès d'intention ! Ah, les choses seraient tellement plus simples (saines) si les citoyens, parce qu'ils contribuent au financement de la RTBF à hauteur de 70%, avaient un droit de regard sur les comptes de l'entreprise... Des comptes détaillés, car des bilans, ça ne signifie pas grand chose. Que coûtent les heures d'antenne consacrées au Football ou à la Formule 1 et à leurs envoyés spéciaux ? Combien coûte l'émission The Voice et combien rapporte-t-elle ? Combien a coûté la construction des studios Media Rives ? Que représente la masse salariale des travailleurs et combien représente celle des directeurs ? Y a-t-il des primes à l'audimat ?
Histoire, le cas échant, de faire taire les mauvaises langues, et d'être en mesure d'apprécier si, oui ou non, les choix des ingénieurs commerciaux aux commandes de la RTBF sont compatibles avec le statut d'entreprise publique autonome à caractère culturel qui lui correspond... ou s'il ne s'agit pas plutôt d'invoquer, la main sur le coeur, le sort des travailleurs, tout en lorgnant cyniquement sur le « retour sur investissements » dont les mêmes, toujours les mêmes, bénéficient au bout du compte. Jusqu'au jour où, à tant tirer sur la corde...

Mais n'anticipons pas, car voilà qu'entretemps, le contrat de gestion a été signé vendredi soir, et des échos qui nous reviennent, globalement positifs... Un certain nombre de suggestions auraient été entendus (suppression des coupures publicitaires et du placement de produits, médiation,...).
Tout en nous réjouissant, si tel est le cas, il nous est difficile à ce stade, et tant que nous n'aurons pas vu la couleur de ce contrat, de chanter victoire uniquement sur la base d'articles, d'interviews ou de déclarations qui ne sont jamais, après tout, que des exercices pratiques de communication bien rôdés.

Et quand bien même il y aurait vraiment de quoi se réjouir, il serait illusoire de penser que par la magie d'un contrat de gestion, les professionnels de la RTBF, journalistes, réalisateurs, producteurs, cadreurs, techniciens du son, scriptes, statutaires ou pigistes... puissent concrétiser valablement les missions du service public sans une profonde remise en question de la part de la direction sur ses méthodes de management à coup de « La situation est difficile, accrochez-vous, car seuls les plus forts résisteront aux changements. Ceux qui sont trop faibles tomberont en chemin. »


Trouver de l'argent pour combler les mauvais choix - peut-être même la gabegie - de ceux d'en haut, tout en faisant croire que c'est pour soulager ceux d'en bas et en les dressant les uns contre les autres au quotidien...

Combat de riches !

Nous n'y souscrivons pas.

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